les cavernes d'acier, Asimov

Publié le par Lael

 

jl0404-1987.jpgDans un monde futuriste où les hommes vivent dans d'immenses cités souterraines, Lije Baley doit enquêter sur un meurtre pas banal. En effet le meurtre a eu lieu à Space Town, là où vit les Spaciens, et cela risque de relancer sérieusement le conflit entre eux et les terriens. Pour couronner le tout, on oblige Lije a prendre comme partenaire pour cette enquête... un robot !

 

Ce livre fait partis du cycle des Robots d'Isaac Asimov, ce cycle regroupant des nouvelles et des romans. Les cavernes d'acier nous raconte la première aventure de Lije Baley (c'est le 3ème "tome" du cycle mais il peut se lire seul).

 

Contexte : âge d'or et speculative fiction

 

Asimov, c'est l'un des grands noms de la SF, mondialement connu pour sa Fondation. Il fait partis classiquement de ce que l'on nomme "l'âge d'or", qui correspond à la frénésie du genre qui a saisit l'Amérique, entre 1940 et 1960 à peu près.

 

Asimov et Heinlein (dont je vous parlais l'autre jour) travaillaient pour la même revue, Astounding, dirigée par un certain Campbell... C'est grâce à lui et autour de lui que c'est focalisé et fait connaître un nombre impressionnants d'auteurs, devenus "classiques" aujourd'hui : Asimov et Heinlein donc, mais aussi Hebert, clifforf D Simak, Sturgeon... Des auteurs tâchant de rendre une SF plus crédible et plus humaniste, tout en restant très optimisme quand aux progrès de la science pour l'avenir (bien qu'Hiroshima ai commencé à les rendre un peu moins rêveurs).

Il est interessant de relier ces deux auteurs, qui, bien qu'ayant connu des vies différentes (le premier étant un scientifique reconnu, le deuxième un militaire qui a dû quitter l'armée suite à une tuberculose), ont suivis, je trouve, une  évolution assez similaire. S'initiant tout deux à la SF de l'âge d'or, technophile et adepte d'histoires pas forcément très littéraires, ils ont petit à petit fait évoluer leur écriture vers ce qu'on appelle la Speculative fiction. Il faut entendre par là qu'ils ont choisis de donner à leur SF une forme plus littéraire et plus axé sur la réflexion.

L'histoire du futur d'Heinlein tâte ce terrain là; tandis qu'Asimov nous présente son concept de psychohistoire dans sa Fondation, et nous livre sa vision des robots et tout ce que leur présence provoque sur la pensée humaine.

 

"Les cavernes d'acier" se situe à ce point précisément, de l'histoire de la science fiction : entre l'âge d'or et la speculative fiction ; et de l'histoire d'Asimov : au basculement que la présence des robots va faire naître chez l'homme.

 

L'oeuvre

 

J'ai donc retrouvé, sans surprise, cette patte indéfinissable estampillé âge d'or. Une écriture très simple, surtout des dialogues. Un futur optimiste mais pas utopiste pour autant : Asimov nous cite, comme ça, mais pas vraiment innocemment, la bombe atomique (qui a tellement traumatisé l'époque, on est en 53), et il prend en compte les problèmes inévitables tels que surpopulation, plus une goutte de pétrole etc. Mais Asimov les traite relativement aisément, c'est tout juste s'il les cites, ce n'est pas le centre du questionnement du livre.

Voilà qu'on entre dans la speculative fiction : de longues descriptions sur la forme cohabitent avec les dialogues ; et sur le fond, la réflexion se fait sur le comportement de l'homme. Toujours avec ses mêmes défauts : xénophobe, râleur, insatisfait invétéré, égoïste...

 

L'intrigue avance ainsi "à la manière d'asimov", si je puis dire (j'ai lu le cycle de fondation) : c'est à dire que cela passe par de longues discussions, quelques touches 'd'actions' (enfin faut les chercher à la loupe !), et des passages de transitions pour épaissir le fond. En fait Asimov c'est de l'action intellectuelle lol. Je ne sais pas comment expliquer ça autrement "-_-

 

On peut définir trois trames dans l'histoire des "cavernes d'acier" :

-la résolution du meurtre, qui se fait par de longues réflexions de la part de Baley et des tentatives de mise au point avec les suspects ;

-la cohabitation avec les robots, qui fait réfléchir l'enquêteur sur le rapport entre les terriens et les Spaciens ;

-la présentation de la société terrienne, dystopique (société centralisée hyper contrôlée, les libertés individuelles réprimées ou inexistantes, pour le bien commun). Reliée au deuxième point, cela amène à penser sur l'avenir de l'homme.

 

La dystopie étant l'un de mes sujets de lecture favori (enfin là je commence à saturer), la société présentée ne m'a guère intéressée, on retrouve les mêmes schémas que dans 1984 de Georges Orwell, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou encore (et surtout) Les Monades urbaines de Silverberg.

 

Mais trois choses m'ont interessés dans ce livre :

DataTNG.jpg- cela se lit facilement et vite (et ça, c'est un point super positif !), ce n'est pas prise de tête et assez divertissant.

- le robot, Daneel, qui m'a fait fortement penser à Data de Star Trek The Next Generation. Dans sa façon de parler, de penser, le fait qu'il ne peut avoir d'émotions, mais aussi dans la description : "les cheveux plaqués en arrière, sans raie, luisant comme du bronze". (cf la photo... saisissant non ?). Il faut dire que Data est justement inspiré des robots d'Asimov, et possède comme eux un "cerveau positronique".

- tout l'aspect réflexion sur l'Homme bien sûr.

 

Il y a un questionnement que fait poser certaines oeuvres de SF que j'aime beaucoup, que l'on retrouve notamment ici dans les cavernes d'acier : et si, après tout, on avait raison de se méfier de l'Autre (ici des robots)? Où est la limite entre le racisme et la confiance naïve ?

J'apprécie aussi que les oeuvres en questions ne donnent pas de réponse (après tout y'en a t'il vraiment une ?).

Si ce livre ne s'attarde pas là dessus et effleure tout juste l'idée, il se concentre sur le racisme et la peur de l'autre. En effet les terriens ont peurs des robots et, pour certains, leur voue une haine féroce. L'image assez nette (sans être lourde et vulgaire) : les robots leur prennent leur travail, ils leurs inspire le dégoût, il y a une comparaison comme quoi l'Autre est "sale" etc....

C'est là que le personnage principal entre en scène et tiens tout son rôle : le détective Lije Baley doit collaborer avec un robot, Daneel, ultra perfectionné... meilleur que lui ?! Le détective ne porte déjà pas les robots dans leur coeur, car plane la menace que les robots finissent par les remplacer tous dans leur boulot. Et qui dit rétrogradation, dans ce monde cloisonné en castes avec plus ou moins de privilèges, signifie bouillie de levure aux repas, appartement commun minuscule etc. Forcément Baley a de quoi être inquiet ! Il s'imagine donc très vite que Daneel pourrait prendre sa place. Il lui faut donc résoudre un meurtre, très délicat sur le plan politique, avec le robot, tout en s'assurant d'en retirer toute la gloire... et s'il fait preuve d'un certain racisme envers le robot, c'est avant tout parce qu'il le jalouse et qu'il a peur. Son comportement bien sûr, étant amener à évoluer.

Image positive pour inciter le lecteur à faire le même travail du dépassement de la peur pour aller à la rencontre de l'inconnu, et découvrir que finalement il n'est qu'un "autre que soi". 

 

Mais cela ne s'arrête pas là (même si c'est déjà très bien). Lije Baley découvre la face caché des Spaciens, et comprend que pour eux aussi, il ne faut pas les craindre mais au contraire travailler avec eux. Ill se pourrait même qu'il faille aux Spaciens et aux Terriens de travailler main dans la main s'ils veulent avoir un avenir... L'Autre a donc beaucoup à apporter et le partage est essentiel pour vivre.

 

Quelques détails

 

- Il est marrant de voir comment les auteurs s'inspirent les uns les autres. Comme je disais, Heinlein et Asimov se sont probablement connus, hors le début du chapitre 2 parles de tapis roulant, dans le même principe évoqué par Heinlein dans sa nouvelle "les routes doivent rouler" (Histoire du futur t. I). Si j'ai bien tout saisis la nouvelle d'Heinlein est de quelques années plus jeunes, mais je me demande quand même si les deux auteurs n'ont pas discutés ensemble du concept tellement il est proche ! En tout cas le principe est bien mieux expliqué par Asimov.

 

- Outre le détective et le robot, les personnages secondaires sont assez intéressants. j'ai beaucoup aimé le chapitre nous présentant la femme de Lije Baley. Non seulement pour entrer dans leur mode de vie mais parce que, pour une fois, ce n'est pas juste "la femme du héros". J'ai apprécié ce portrait soigneusement tracée de ce nouveau personnage et de sa relation avec le héros. Ensuite, le chef de l'inspecteur, est très vivant avec ses lunettes et sa panique pour les Spacien.

 

- L'entrée dans la ville des Spaciens est géniale, tout le procédé de décontamination XD Un moment culte ! J'aime beaucoup comment c'est raconté. Et puis ensuite, lorsqu'il découvre... une pomme ! Géniale idée que de mettre comme produit exotique quelque chose que l'on connaît si bien !

 

- J'ai apprécié l'idée des "Médiévalistes" qui souhaitent retourner à la terre et comment ils sont organisés. Ce sont des babas, finalement, content de se retrouver pour discuter de changer le monde. Et certains plus extrêmes, peut être capable du pire....

 

- Enfin j'ai aimé le fait que, sans pouvoir deviner le fin mot de l'histoire pour l'enquête, le récit nous donne vraiment toutes les pièces du puzzle, et ne se conclut pas sur un coup de théâtre qu'on ne pouvait pas prévoir. J'ai aimé aussi comment l'inspecteur tente de trouver la solution, avance des hypothèses, audacieuses, au risque de se tromper.


- Ah oui pour finir, un passage dans ce chapitre qui m'a laissé un peu perplexe, p 160 lorsque Baley pense au système "fiscaliste" ancien, comparé à celui de son époque. Que veut il dire ? Qu'à son époque c'est toujours aussi dur de vivre, malgré la société "modèle" dans laquelle il serait censé vivre ? Baley estime t'il ses ancêtres plus veinards que lui ? J'ai pas compris si Asimov défend le capitaliste ou pas (faut dire qu'à son époque on voyait surtout le bon côté du capitalisme avec l'essor industriel, économique et d'influences des Etats Unis d'après guerre).

 

En conclusion

 

Je ne sais pourquoi il ne m'a pas emballé totalement, peut être parce que le côté "action intellectuelle" manquait d'action pure, justement, de coup de feu, de blessés... mais ça, c'est le problème quand on assimile les résolutions d'enquêtes à la mode séries tv policières, le visuel demandant un autre traitement que l'écrit. Et puis ma lecture a aussi souffert de ma lassitude des dystopies (beaucoup, trops de points communs, avec les Monades urbaines).

 

LogoChalengeSfff23,5 /5  Cela ne m'empêche pas de vous conseiller vivement ce livre, divertissant et intéressant, notamment sur le racisme et l'avenir de l'homme. "Les cavernes d'acier" nous font passer un bon moment.

 

Livre lu en lecture commune avec Endea et Spocky : leurs avis et


Ce livre entre aussi dans le challenge chef d'oeuvres de la SFF. Et un de plus !

 

A voir aussi : l'article de guillaume sur la scientifiction (dont la speculative fiction)

 

A noter : les définitions de l'âge d'or, de la speculative fiction, de la dystopie, etc... sont celles que je donne d'après mon expérience de lectures, mes discussions avec mes bloggopotes (notamment Traqueur Stellaire ^^), et "la SF aux frontières de l'homme" de stéphane Manfrédo. Il est évidement que, comme tout avis, cela peut être amené à évoluer, et que chaque lecteur redéfinit les genres en questions d'après ses propres expériences. Vous n'en trouverez pas deux pareil (ou presque), et c'est aussi tout le charme XD

A vous de vous forger votre propre définition, en lisant, par exemple tout à fait fortuit, "les cavernes d'acier"

 

pour quelques citations du livre suivre ce lien

Commenter cet article

Luna 25/02/2011 14:05


Isaac Asimov est un auteur que j'affectionne beaucoup : j'aime la façon qu'il a de nous projeter totalement dans un autre monde qui ne nous est pas vraiment étranger car si bien décrit...
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur "Fondation" le premier tome du "Cycle de Fondation" sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


Lael 25/02/2011 22:25



merci de ta visite !



Ellcrys 07/02/2011 11:45


Désolé encore de t'avoir lâché pour cette lecture, mais je n'avais pas le temps. Par contre, j'ai toujours pour projet de le lire. Bel avis, en tous cas !


Lael 09/02/2011 04:15



pas de problème ;)