Quatre récits de l’occupation, Elsa Triolet

Publié le par Lael

Elsa Triolet était l’épouse du poète Louis Aragon. Russe, Juive, elle a vécu à ses côtés dans la France de l’Occupation, travaillant tout d’eux dans la Resistance ‘intellectuelle’, celle qui écrit, libère la parole.

 

9782805900853.jpgEn 1941 ils doivent passer la ligne de démarcation pour aller à Paris. La chance n’est pas avec eux, ils se font arrêtés. C’est ce que raconte « Ce n’était qu’un passage de ligne » qui ouvre ce recueil. Mme Triolet nous livre ici son témoignage en toute sincérité, avec ses peurs et ses doutes.

C’est ce qui transparaît le plus de ses récits : le choix délibéré de montrer que les Résistants ne sont des hommes comme les autres, avec leur fragilité et leur force.

 

Pour rencontrer les uns et les autres, à Paris, Lyon, ils doivent fréquemment se déplacer, avec la peur constante de se faire arrêter et la faim au ventre. « Les souliers grillés » nous raconte quelques instants de cette vie d’attente, de déplacements compliqués, d’angoisses. Encore une fois assez intime, elle nous explique avec simplicité que ce qui l’a touchée le plus n’est pas le froid ou la faim, mais la bêtise, l’intransigeance de certaines personnes.

 

Si les deux premières nouvelles de ce recueil sont du domaine du témoignage,  les deux suivantes sont fictives… pour mieux décrire la réalité. Elsa Triolet dresse le portrait de deux visages :

 

 « Clair de lune » nous montre la vie d’une femme qui, bien que vivant dans la misère de la famine, se montre centrée sur son petit bonheur, aveugle à la réalité de la guerre. Elle « s’étourdi(t) de vie quotidienne pour camoufler l’intolérable savoir »… technique de survie, à mes yeux, pour supporter l’insupportable. Mais condamnable car cela la rend, par l’inaction, ‘complice’ des horreurs de la guerre.

 « Yvette » enfin, est ‘la victime consentante’. Quoi qu’il arrive, c’est la vie et c’est comme ça. Elle ne réagit pas. A quoi pense t’elle ? Personne ne le sait vraiment.

 

Si ces récits sont intéressants, ils sont, à mes yeux, très dur à suivre. Elsa Triolet écrit par allusions, ce qui donne de jolies touches, mais aussi de grands moments de flous. Je n’ai pas compris grand-chose du premier récit… et l’introduction de « clair de lune », une longue description, est très imagée, au point d’en devenir incompréhensible : sans la première phrase de dialogue je n’aurais pas compris qu’il s’agissait d’un salon de coiffure !

 

C’est les deux dernières nouvelles qui m’ont le plus accrochés. Je suis vraiment rentrée dans la tête de cette dame de « clair de lune » qui se cache de la dure réalité (à ce niveau là, très bien écrit). Cette nouvelle explique parfaitement pourquoi tant de gens sont restés passifs pendant la guerre (et le sont, de manière générale, devant la difficulté, quelque soit l’époque. C’est ce qu’on appelle faire l’autruche).

Et le deuxième portrait définit bien ces gens qui ne réagissent pas, qui restent muet. Comme Dédé je me demande ce qui se passe dans leur tête.

 

Note globale : 2 ,5 / 5

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