Quand Star Trek parle de terrorisme : TNG 3x12 Les Hautes Terres (The High Ground)

Publié le par Marguerite Lael

Depuis presque vingts ans, les médias n'ont que ce mot à la bouche, "terrorisme". Il est intéressant de voir comment Star Trek et son idéal utopique traite un sujet aussi délicat en 1990 (date de la première diffusion US de cet épisode).

L'Enterprise fourni une aide médicale aux Rutiens, qui subissent des attaques terroristes d'un groupe séparationniste, l'Ansata. Alors que le Docteur Crusher vient en aide aux victimes, elle est enlevée.

(capture d'écran fournie par Memory alpha)

(capture d'écran fournie par Memory alpha)

Ce qui est amusant, c'est que j'ai revu ce vieux Star Trek en même temps que la série d'espionnage (plutôt) réaliste Homeland (série actuelle toujours en cours) : autant dire que la vision du terrorisme est radicalement différente. Ou plutôt, le thème est abordé autrement, mais cela reste la même chose dans le fond, à savoir des massacres, des morts, des causes à défendre, et des larmes dans les deux camps. L'épisode de Star Trek est certes "gentillet", les choses sont plutôt dites que montrées (par exemple ST parle d'un terrible attentat à la bombe dans un bus scolaire, là où Homeland l'aurait sans doute montré). Mais les mots sonnent terriblement juste, et résonnent avec une perspicacité toujours actuelle.

Cet épisode est injustement sous-côté, car les dialogues et les dilemmes moraux sont très intéressants.

Il y a la responsable des policiers des Rutiens, à bout de nerf, qui ne sait plus comment faire face aux attaques constantes : si elle liste les sympathisants et autorise les arrestations arbitraires, c'est par dépit. Elle a d'ailleurs mis fin aux méthodes de ses prédécesseurs qui sentent la Gestapo, mais on sent combien les convictions des Rutiens sont éprouvés - et ils pourraient basculer à nouveau. Finalement, même avec leur force répressive c'est leur impuissance qui éclate magistralement. Et leur lassitude face à la douleur. 

De l'autre coté, les terroristes de l'Ansata sont l'image même des rebelles prêts à tout pour obtenir gain de cause. Pour eux, la fin justifie les moyens, et leur chef est un grand manipulateur, des gens et de la terreur (Beverly lui demande s'ils n'ont pas d'autres armes pour agir, ce à quoi il lui rétorque que la terreur est une arme efficace, tout simplement.) On pourrait certes dire que ce chef rebelle est trop caricaturé, cela dit il tient surtout le rôle de l'aiguillon qui vient mettre à mal les belles paroles de la Fédération.

Et on en vient au troisième "camp" de cette histoire. La Fédération ne veut pas s'impliquer dans le conflit, et fait juste "de l'humanitaire" en aidant les blessés des attentats, mais cette action n'est finalement pas anodine, comme le souligne le terroriste. La Fédération ne peut être réellement neutre, accusée de "lâcheté vertueuse" qui "ne veut pas se salir les mains". Le kidnapping du Docteur Crusher a un but politique très clair, celui de forcer la Fédération à s'engager dans le conflit : en en voulant la récupérer, la Fédération devrait faire pression sur le gouvernement Rutiens pour céder aux exigences de l'Ansata. Alors au final la Fédération s'en sort sans trop se mouiller, en récupérant leur otage grâce à leur divine technologie, puis en filant à l'anglaise en laissant les gens se débrouiller dans leur conflit... Mais les messages sont très justes, celui de montrer qu'il ne peut y avoir de neutralité, et que la Fédération agit vraiment avec lâcheté (quand elle n'a pas son intérêt dans l'affaire, comme toute histoire propre à l'Humanité, c'est bien connu !).

Au final l'épisode brosse un portrait de ces différents points de vues sans jamais trancher ouvertement, et j'ai beaucoup aimé ce fait. On est à 100% dans du Star Trek : les dilemmes sont posés, il y a plusieurs réponses, et aucune n'est vraiment parfaite, sans doute parce que la réponse parfaite n'existe pas. L'épisode nous interroge sur la différence bien maigre entre terrorisme que l'on condamne, et rebelles dont on salue la bravoure. Data relève avec justesse que dans plusieurs cas le terrorisme est un moyen de révolution, il cite notamment le cas Irlandais, ce qui a valu à l'épisode d'être censuré en Grande Bretagne ! Le chef rebelle quand à lui souligne qu'entre des rebelles usant de terrorisme, et une action armée pour créer une révolution, l'une des grosses différences tiens en ce que les vainqueurs, dans le deuxième cas, vont réécrire l'Histoire en glorifiant leur action, la rendant justifié, morale, là où il s'agit de meurtres de masses...

La fin justifie-t-elle les moyens, telle est la question... Picard donne cette réponse à Data : "c'est une question que l'humanité se pose depuis la nuit des temps. Et la confusion qui règne dans votre esprit... et celle de tout être humain"

A noter pour finir que l'épisode évoque le cas des enfants-soldats pour montrer jusqu'où peut aller l'embrigadement, et le désespoir.

En conclusion, cet épisode parle avec justesse des différents dilemmes éthiques autour des actes terroristes (et surtout du jugement moral que l'on peut avoir envers eux). Il n'a pas vieillit d'un pouce sur le fond. Si on peut regretter le stéréotype du rebelle ou le jeu manquant de nuance du Docteur, nuisant à la qualité globale de l'épisode, cela reste un parfait exemple de ce que Star Trek peut toujours apporter en réflexion sur des sujets brulants, et sans quitter son humanisme et son utopie (même si elle est écornée).

De mémoire, Star Trek reviendra sur le sujet aux alentours de la saison 6 de TNG avec les maquisards, qui sont des habitants de planètes de la Fédération se retrouvant brusquement "jetés en pâture" aux Cardassiens afin de conclure une paix fragile avec eux. Là encore on verra les limites de la Fédération, qui face à une puissance militaire égale à la sienne (et à une dictature), sera obligée de faire profil bas, et de pourchasser ces rebelles de la Fédération qui décident de prendre le maquis. C'est pas joli-joli, et assurément l'utopie de la Fédération sera beaucoup plus ébranlé, ces dernières saisons faisant preuves de plus de pessimisme sur les possibilités d'actions de la Fédé. Star Trek, c'est aussi ça : dans cet univers, la supériorité technologique est indispensable pour maintenir une utopie. On peu avancer que c'est souvent le cas dans la Science-Fiction (ou alors il faut un moyen presque "magique", style supers pouvoirs télépathiques and co, pour défendre son idéal au besoin). Et malheureusement à ce sujet, notre Histoire nous montre que la réalité rejoint la fiction.

4/5 pour cet épisode toujours actuel dans son discours malgré ses lourdeurs (en fait plus je le vois, plus je l'apprécie)

Publié dans star trek

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