Interview des auteurs gagnants du Prix Mille Saisons 2016 et 2017 : Philippe Aurèle Leroux et Arnaud Gabriel nous disent tout ! (première partie)

Publié le par Lael

Parce que je fais partie de la Maison, et je l'admets volontiers, ce sont mes potes ! J'enfile ma casquette de bloggeuse pour vous présenter ces auteurs à l'actualité chargée.

En effet Arnaud Gabriel vient de remporter le Prix Mille Saisons 2017, grâce aux votes des lecteurs conquis par sa nouvelle "Zhang Zhung, le mont Gang Ti Sé" (j'avoue je suis allée chercher mon livre pour copier le titre). Je vous rappelle que recevoir le Prix Mille Saisons, c'est obtenir la publication de son roman issu de la nouvelle choisie par les lecteurs ! Et c'est ce qui s'est passé avec Philippe Aurèle Leroux, qui a gagné le même prix l'année dernière, et qui vient de sortir son roman "l'Empire des Chimères".

Avec remise du prix et lancement en grande pompe ce week-end, au Salon du Livre de Paris. La classe quoi. Avant de lancer la salve de questions, je remercie Lisa Mourot, lectrice de l'anthologie et amie, qui m'a permis de compléter mes questions. (ça ne vous met pas la pression les gars ? :) )

Passage de flambeau entre les deux auteurs gagnants : de gauche à droite, Arnaud Gabriel, Oliver Portejoie (l'anthologiste), Philippe Aurèle Leroux, et Sebastien Boudaud (l'éditeur)

Passage de flambeau entre les deux auteurs gagnants : de gauche à droite, Arnaud Gabriel, Oliver Portejoie (l'anthologiste), Philippe Aurèle Leroux, et Sebastien Boudaud (l'éditeur)

M : Avant toute chose, félicitations à tout les deux ! Gagner le Prix Mille Saisons, c'est quand même sortir vainqueur de l'arène des vingts combattants en lice à chaque fois (cela dit, on se bat plutôt à coup de plumes et de verres de vins chez Le Grimoire). Ma première question est simple : ça fait quoi de gagner le Prix ? On ressent quoi ? On s'ouvre du champagne et du caviar, on crie dans la rue "j'ai gagnéééé ?" ?

Phil : C'est un grand plaisir, même s'il est mâtiné d'un peu de regret vis-à-vis des copains qui sont restés sur le carreau. C'est quand même une année de lutte, depuis la publication jusqu'au résultat des votes un an plus tard, à soutenir son texte, le promouvoir auprès des proches et des autres, sur les salons et dans les librairies. Quelque part, j'étais aussi content que ça se termine pour qu'une nouvelle aventure commence.

Arnaud : Pour ma part c'est avant tout une surprise ! Je ne m'attendais pas à gagner car les votes étaient extrêmement serrés. C'est une année de festivals, de rencontres et colportages qui s'achève et donc c'est un peu triste mais un soulagement aussi car c'est épuisant ! La joie, je l'ai ressentie quand j'ai pu rencontrer Nicolas et Anaïs (note : les autres gagnants du prix 2017 pour la musique et l'illustration). Ce n'est qu'à ce moment que j'ai pu me mettre dans la peau du gagnant.

M : Pour cette deuxième année, le score était particulièrement serré, notamment par le nouveau système de vote (on demandait au lecteur de voter pour trois auteurs, trois illustrateurs et trois compositeurs). Système pas encore parfaitement au point d'ailleurs, et qui a connu quelques bugs. Autant dire que cela s'est joué dans un mouchoir de poche, et qu'à deux-trois voix près, le suspens a été maintenu jusqu'au bout. A un jour du résultat, il y avait même égalité des voix pour les deux premiers ! J'ai moi-même été deuxième ex aequo un moment. Philippe, tu avais gagné avec une marge relativement confortable. Arnaud tu es resté en tête presque toute l'année, mais ce dernier mois a été fou furieux, toi et Céline vous rattrapant sans cesse.

Phil, qu'as tu pensé de ce nouveau système et de cette course haletante ? As-tu suivis les votes, l'année dernière et cette année pour tes confrères ? Arnaud, comment as-tu géré ce doute de ne pas savoir si tu allais gagner ou pas ? Aurais-tu préféré ne pas avoir les scores en temps réel et qu'ils soient cachés jusqu'au dernier moment ?

P : J'ai fait partie de ceux qui ont suggéré le nouveau système de votes : l'ancien (un seul vote par lecteur), permettait trop facilement à ceux disposant d'un réseau important de l'emporter. J'ai suivi mes votes lors du Prix Mille Saisons, oui, bien sûr. J'avais même un tableau de suivi et un tableau de relance des gens auxquels j'avais vendu l'anthologie (au moins ceux qui avaient accepté de me laisser un contact). A noter que si mon résultat final a été plutôt large (entre 10 et 15 votes d'avance), ça n'a pas toujours été le cas : j'ai commencé dans le milieu de tableau et je n'ai commencé ma remontée qu'à la rentrée de septembre. A 15 jours de la fin du vote, nous étions encore trois à pouvoir prétendre au titre (Mélaine Legrand, Danü Danquigny et moi). Je rends d'ailleurs hommage à Mélaine et Danü dans la page remerciements de mon roman. J'ai également suivi les votes cette saison car je suis très convaincu par le concept du Prix Mille Saisons.

A : Je m'étais convaincu que j'allais perdre, peut-être pour ne pas être déçu. Sur le système de votes, je pense aussi que l'ancien système privilégiait les actifs sur le terrain. J'avoue que certaines personnes me disaient : "je voterai pour vous" alors même qu'ils n'avaient pas ouvert le livre ! Mais cette année, on pouvait donc voter pour ceux qu'on avait rencontré et ceux dont la nouvelle intéressait.

M : donc le système t’a paru plus équilibré cette année Arnaud ?

 

A : Oui et non car nous pouvons constater quand même que toi et moi Marguerite, qui avons été actifs sur le terrain sommes dans les premiers. Mais je pense aussi que c'est cela l'esprit du prix Mille Saisons: faire comme Olivier Portejoie (note : l'anthologiste) et Sébastien Boudaud (note : l'éditeur) et battre la campagne pour gagner ses lecteurs un par un.

 

M : Là dessus je ne suis pas du tout d'accord. Elie a fait beaucoup de marchés, mais n'est pas très bien placé. Quant à Céline qui a finit deuxième, elle n'a fait aucun marché de ce que j'en sais. Enfin si les votes ont étés aussi serrés c'est grâce à la répartition des voix du nouveau système.

 

P : D'accord avec ce que vient de dire Arnaud : sa nouvelle n'était pas ma préférée, mais il mérite amplement sa victoire.

 

A : Ma nouvelle n'était pas ma préférée non plus ! lol

 

P : La mienne non plus, au passage.

 


M : Lol. Philippe, toi qui a l'expérience de cette année écoulée, aurais-tu des conseils de vieux routard à donner au nouvel élu ? Dis-nous un peu comment ça s'est passé pour toi. Concrètement, comment as-tu écrit ton roman ? Quelle participation de la part de l'éditeur ? Qui a écrit la quatrième de couverture par exemple ?

Phil : Mes conseils ne valent que si Arnaud veut sortir son roman au prochain salon Livre Paris :) Si je n'avais quasiment rien écrit quand j'ai reçu mon prix, j'avais malgré tout la trame complète de mon roman et une idée assez précise de ce que je voulais raconter. Du coup j'ai pu m'imposer un rythme d'écriture très soutenu tout de suite après la remise du Prix pour avancer très vite, ce que j'ai appelé mon MERP (Mois d'Ecriture Romanesque Personnel, par analogie avec la NaNoWriMo) : je m'étais engagé devant tous mes contacts Facebook à écrire 2000 mots par jour pendant 30 jours. J'ai dû faire un break d'une grosse semaine après 15 jours à ce rythme car c'est épuisant, tant physiquement que psychiquement : j'ai un métier, une famille (même si elle a fait de gros efforts pour me laisser écrire) et mon temps d'écriture se limitait à 21h-2 ou 3h du matin. Si l'on exclut la pause d'une semaine, j'ai réussi à maintenir ce rythme de 2000 mots par jour en moyenne et j'ai ainsi pu écrire plus de la moitié de mon roman.

Nous avons fait une revue de ce que j'avais écrit avec Olivier en juin ; je devais avoir déjà écrit les deux tiers de mon roman. Grosso-modo il était assez satisfait de ce que je lui ai proposé. De mémoire, il m'a conseillé d'insérer plus de descriptions, mais pour le reste je suis resté très libre de mon texte. La quatrième de couverture a été l'objet d'une vraie collaboration entre Olivier et moi. A vrai dire, j'aurais aimé qu'il s'en charge tout seul, au moins au départ, parce qu'après avoir écrit mon roman + ma nouvelle Bison Blanc (note : nouvelle d'ouverture de la nouvelle antho Tombé les voiles), j'étais un peu éreinté. J'ai néanmoins fait un premier jet et Olivier m'a fait une contre-proposition. Après quelques allers-retours, nous sommes tombés d'accord. J'aurais bien eu encore quelques trucs à redire, mais je n'en pouvais plus et nous étions très près de l'échéance. Au passage, le plus difficile finalement a été de trouver un titre qui convienne aussi bien à Olivier qu'à moi. Le texte définitif, corrigé et mis en page a été envoyé un mois avant le salon.

Philippe Aurèle Leroux avec son roman en pleine discussion pour convaincre que le romain c'est tendance.

Philippe Aurèle Leroux avec son roman en pleine discussion pour convaincre que le romain c'est tendance.

M : Ce qui caractérise vos deux nouvelles, c'est la passion que vous avez pour vos thèmes respectifs (et le vocabulaire, parfois complexe, qui en découle). D'un côté la Rome impériale, d'un autre le chamanisme tibétain. Philippe, on te voit en costume de romain dans les salons, je suppose donc qu'il s'agit d'une passion dévorante en stade terminal. J'ai tord ? Arnaud, à quand la tenue de chamane intégrale avec peau de bête et tête d'animal ?

P : J'aime bien la Rome Antique, mais ce n'est pas une passion. L'armure, c'est de la promotion, le moyen d'être connu et reconnu ; et ça marche !

A : Je pense davantage à un tatouage sur l'avant bras gauche en fait ! Il y a trop de vegans dans le comité de lecture pour que je puisse porter une peau de bête sereinement.

M : Lol ! Faites vous des recherche pour vos histoires (historique par exemple), et si oui comment procédez vous ?

A : Je dirais plutôt que je fais des histoires à partir de mes recherches en fait.

P : Internet, bien sûr est la pierre angulaire de mes recherches. Il existe heureusement de très nombreux sites Internet qui documentent le sujet. Toutefois je me suis arrangé pour partir en vacances à Rome et à Naples. J'ai pris un guide dans les deux cas, dont les informations m'ont été très précieuses. Mais que j'écrive sur Rome dans l'Antiquité ou sur Seattle en 1994, le temps passé aux recherches reste chez moi toujours aussi important.

A : Je suis un passionné de théologie et d'anthropologie. Quand un sujet m'intéresse, je commence par lire des ouvrages et des articles et c'est alors peu à peu, en laissant divaguer ces recherches, qu'elles finissent par former une histoire. J'ai beaucoup pris modèle sur Alexandra David Néel qui sait mieux que quiconque faire ce que j'appellerais de "l'anthropologie romanesque"

P : Oui, c'est une référence incontournable sur le Tibet.

L'illustration de Romain Marty pour la nouvelle d'Arnaud Gabriel

L'illustration de Romain Marty pour la nouvelle d'Arnaud Gabriel

On se retrouve dans quelques jours pour la suite de l'interview !

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