Planète à gogos, F Pohl

Publié le par Lael

Planète à gogos, F Pohl

la Terre n'est plus gouvernée par les politiciens mais par les PUBLICITAIRES. Et qu'importe si notre planète est polluée jusqu'à l'os ! la nature nous aurait-elle donné l'intelligence de synthétiser l'acide ascorbique si elle tenait à nous voir manger des fruits frais ? Seul problème : l'espace. Où loger les consommateurs nécessaires ? Sur Vénus ! Il suffit de les persuader que l'existence y est idyllique. Ce à quoi s'emploie M. Courtenay... jusqu'au jour où une agence rivale tente de l'éliminer en toute illégalité - c'est-à-dire sans notification de meurtre préalable...

Difficile de croire qu'il s'agit d'un texte de 1952, au niveau du sujet et du parti pris ! il évoque les thèmes qui feront plus tard les choux gras de la new wave : on est dans la critique d'une société consumériste qui pille la Terre sans vergogne, il n'y a plus vraiment de gouvernement mais juste des entreprises tentaculaires qui maintenant veulent coloniser Vénus.

En fait ce texte appartient à ce qu'on appelle "les futurians", j'ai eu du mal à trouver une définition fiable mais apparemment il s'agit de mettre la technologie au second plan pour se concentrer sur l'évolution sociale et politique. C'est en effet ce qu'il se passe ici, et c'est à peine si je pourrais vous citer la technologie utilisée.

Si j'ai trouvé l'écriture de F Pohl un peu dépassée, j'ai appréciée le point de vue qu'il a pris. Afin d'écrire cette satire d'un monde dirigé par des publicitaires, il a choisit comme personnage principal, hey bien le pure fruit de ce lavage de cerveau, et autant dire, un mec plutôt odieux qui ne pense qu'à lui. A savoir : un chef de campagne dans une grande entreprise publicitaire, à qui on confie le projet Vénus. Le but étant de convaincre les gens que Vénus c'est le paradis, alors que c'est l'inverse, et évidement, de garder un monopole total et bien lucratif. Pour cela ces entreprises publicitaires vont jusqu'à des "guerres" et des assassinats !

Bref, le début m'a agréablement surprise par ce partis pris. J'ai souri du décalage où les "honnêtes" consommateurs sont drogués au Surcafé, et où le marketing publicitaire fait tout pour qu'ils se sentent obliger d'acheter telle ou telle marque. Et qu'aucun ne se plaigne, ce qui bien sûr est très mal vu par toute cette société bien pensante. J'ai apprécié entrer dans la peau du personnage pour qui tout ça va de soit, et où l'inversion des valeurs se fait (ce qui est "normal" pour eux ne l'est pas pour nous et inversement, ou alors je vous plains). Les "méchants" sont les Ecolos, ni plus ni moins vu comme des terroristes !

Mais déjà, première déception, l'auteur nous embarque dans une série de pseudo péripéties pas tout à fait claires ni même passionnantes, j'avais le sentiment que le récit prenait l'eau et se perdait. Puis il y a eu un rebondissement qui m'a beaucoup surpris, surtout sur sa conclusion, car l'auteur évite le cliché du retournement de moralité du héros qui ouvre enfin les yeux.

Mais c'est alors que l'auteur m'a perdu. J'ai pesté sur tout le dernier tiers du livre, car on ne sait plus ce que le héros pense. Joue t-il double jeu ou pas ? et dans quel sens ? Autant dire que ça m'a prodigieusement agacée, et que le récit en perdait tout son sens. Le personnage ne dépatouille comme il peut pour sauver sa peau, et l'auteur semble lui aussi ne plus savoir comment finir son histoire. Pohl en oublie la satire, et nous livre une conclusion franchement nulle pleines de bons sentiments qui sont bien trop soudains pour être honnête. A croire que le personnage principal s'est juste levée un matin avec des idées opposées à celle de la veille.

Bref, au final je suis très déçue de la fin, et de ce récit qui se perd bien trop vite en oubliant la satire et les opinions du personnage. J'ai dans ma PAL la même exploitation de thème mais avec un récit moderne (Space OPA), je pense qu'il me convaincra mieux.

2,5/5 Malgré la pertinence du propos de base j'ai été déçue et je ne le conseille pas. J'ai préféré La Grande Porte, autre classique du même auteur, qui même en ayant ses tords avait au moins le mérite de l'originalité.

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Fanarie 14/08/2016 09:24

Dommage que la chute soit si décevante, une idée pareil au milieu du siècle dernier aurait mérité une lecture.
Cela fait toujours un petit pincement au coeur, quand on retrouve une couverture avec un prix en FF ;-)

Lael 20/08/2016 19:14

un bon thème ne fait pas tout. ça a été mieux traité pendant la new wave ou dans des livres récents.
eh oui la couverture en franc c'est vrai !