le 5ème éléphant, Pratchett

Publié le par Lael

5eelephant.jpg25ème tome du Disque Monde

 

L'Uberwald est le pays des Nains, des vampyres, des loups garou... Là bas les troll et les nains continuent de se battre, et la modernité n'est guère plus qu'un bourdonnement d'oreille désagréable. Les Nains vont bientôt couronner leur nouveau roi. Vimaire est envoyé sur place, soit disant pour négocier de la graisse antique, mais il sait très bien que dans l'ombre, des complots se trament...

 

Les derniers Pratchett que j'ai lu me déçoivent. Il faut dire que j'en attend forcément beaucoup, et qu'il n'y a plus l'effet de surprise. Reste que ce Pratchett souffre comme La vérité, carpe jugulum ou le dernier continent, de deux défauts :

 

- beaucoup de personnages qui étaient à la base des personnages secondaires sont réutilisés de livres en livres alors au final on ne sait plus qui ils sont, d'où ils viennent etc. Et mine de rien, il y en a vraiment beaucoup !


- je pense qu'une certaine habitude d'écrire fait que tout est moins recherchés. L'intrigue et les personnages passent devant les thèmes, et les dialogues devant les jeux de mots -qui ont tendance d'ailleurs à devenir, soit sur-fins (donc on comprends pas), soit assez lourdaud. A noter que pratchett part de plus en plus dans des délires sexuels, ce qui n'est pas dommageable en soit mais c'est un peu lourd parfois.

 

Alors le disque-monde, victime tout simplement de la longue course parcourue ?

 

Oui et non. Dans un sens, il n'est pas étonnant que le livre qui suit, 'procrastination' met en place un nouveau personnage principal pour redonner du sang frais (à la grande joie des vampyres j'en suis sûre XD). Mais Pratchett nous réserve tout de même de belles surprises, de jolies passes d'armes, et l'ensemble est toujours au dessus de la moyenne.

 

Dans ce livre qui nous emmène dans un pays souvent cité mais jamais exploré, on va donc à la rencontre des nains "du pays", les vrais, les durs, ceux qui sont bien plus traditionalistes qu'à Ankh Morpork. En effet qui dit cité multiculturelle dit apprendre à vivre ensemble, à se connaître, au point que les nains de la cité... se demandent s'ils sont encore des nains !

Et c'est l'aspect que j'ai vraiment le plus apprécié dans ce livre, c'est toute la réflexion très actuelle sur la modernité, la contradiction avec la tradition, le fait qu'il soit difficile de passer de l'un à l'autre... Ainsi les naines font timidement leur apparition sous la barbe. Peticul du guet est d'Ankh-Morpork où la féminité commence de plus en plus à être assumée. Mais chez les traditionalistes nains, au 'pays'... c'est simplement impensable de dire "elle" ! Elle finit par avoir une phrase mémorable, expliquant aux hommes que ce n'est pas parce qu'elle s'autorise à porter une robe, qu'elle doit le faire à chaque fois. Le but c'est de gagner sa liberté de choix.

La question des origines aussi... ça m'a fait pensé à tout ceux qu'on nomme 'les français issus de l'immigrations', image assez ampoulée quelque peu abusée à mes yeux, mais apparemment c'est le terme politiquement correct. Né en France mais pas reconnus comme vraiment Français ? On est en plein dans le débat sur l'identité nationale de l'année dernière.

Autant dire que la vision du racisme -enfin il serait plus juste de parler d'ethnocentrisme- par Pratchett c'est franchement délicieux. C'est assez marrant de voir comment chaque espèces (loups garous, vampyres, nains, trolls, humains) considère les autres, et ça donne lieu à pas mal de phrases très intelligentes. Ou le fait qu'Ankh-Morpork cherche à garder sa suprématie sur les autres pays.

 

Il en était conscient, l'homme sensé devait respecter les coutumes d'autrui, selon l'expression heureuse de Carotte, mais Vimaire avait du mal à suivre ce précepte. D'abord, certains peuples dans le monde avaient pour coutume d'étriper leur prochain comme une palourde, une façon de faire qui, de l'avis de Vimaire, ne forçait en rien le respect.

 

"je croyais que vous, les nains, viviez dans de petites mines, dit Vimaire.

-Ben, moi je croyais que les humains vivaient dans de petites chaumières, monsieur le commissaire, réplique Hilare (...) Et puis j'ai vu Ankh-Morpork"

 

(...)Vimaire renonça. Tous les nains étaient des nains. Vouloir comprendre leur monde d'un point de vue humain ne menait à rien.

 

(...) Une très ancienne famille de loups-garous

-Un bon pedigree, commenta Vimaire

 

Une modernité très actuelle aussi avec par exemple les nouveaux moyens de communications qui sont à la mode mais où finalement les gens n'ont plus rien à se dire d'intelligent (à mon avis il faut y voir un parrallèle avec le langage SMS) et sur les préservatifs, pas toujours bien acceptés :

 

-"Des tas d'gens sont pas d'accord avec ces machins-là, monseigneur.

-C'est ce que j'ai compris".

Côlon se redressa à nouveau au garde à vous. "C'est pas naturel, de mon point de vue, Monseigneur. J'désaprouve ce qu'est contre-nature".

Vétérini eut l'air perplexe. "Vous voulez dire que vous mangez votre viande crue et que vous dormez dans un arbre ?"

 

J'adore la réplique de Vétérini ! La réaction de Côlon me rappelle certaines déclarations, notamment de l'Eglise catholique... pas vous ? 

 

"le cinquième éléphant" parles aussi de la noblesse, de l'aristocratie, notamment avec Vimaire qui va voir le roi en tant que Duc. Cela lui pose un vrai problème de conscience lui qui n'aime pas son titre et ne se sent lui même que dans les bottes du commissaire divisionnaire du guet. C'est traité de façon un peu lourde parfois, encore une fois, mais finalement le dilemme de conscience de Vimaire vaut le coup, comme on dit "la nature revient au galop".

 

Ah ben voilà une belle transition avec nos amis les loups-garou. Ce tome du disque-monde est enfin l'occasion de régler ce manque cruel : cette race est enfin pleinement expliquée et développée. C'est le deuxième thème majeur du livre. Pratchett nous explique comment le loup-garou se retrouve entre le chien et l'homme, ni vraiment l'un ni vraiment l'autre. Une sorte d'exemple à la fusion des contraires, à cette jeunesse issue de deux nationalités (oui je pense encore à nos Français qui sont autant Français qu'Algérien etc). Pratchett, peut être un brin pessimiste pour le coup, nous montre une union vraiment délicate, très instable. Même Angua finit par dire à Carotte que c'est difficile à gérer et qu'elle craint de devenir folle. En même temps j'imagine... et Pratchett est probablement réaliste. Il doit être très difficile d'être tiraillé ainsi et d'arriver à concilier les deux.

Notre ami Gaspode refait surface pour nous montrer le côté "chien" du loup. Je le préférais dans les zinzins d'olive oued, où il apparaît pour la première fois, il est devenu ensuite le chien crado et c'est un peu moyen "-_- Mais ses réflexions sur les relations humaines, et ses tentatives pour entrer dans la meute des loup c'est juste tordant.

Et puis les loup-garou, c'est aussi notre part instinctive et meurtrière, et là dessus le rôle de Vimaire y fait écho (bien que ce ne soit qu'esquissé).

 

Côté personnage justement, Vimaire assure le premier rôle avec brio. L'humain par excellence pris dans sa dualité intérieure entre ce qu'on demande de lui (être diplomate, duc), et ce qu'il est (lui qui préfère l'action à la parole, et fait corps avec son métier de divisionnaire du guet). Vimaire en diplomate c'est toujours quelque chose avec son franc parler ! Forcément ça donne des répliques assez croustillantes, notamment la première entrevue avec le roi des nains... c'est juste terrible XD 

J'ai apprécié la présence de sa compagne, dame Sybil, qui a pour une fois un rôle un peu plus développé. On la voit bonne dame de compagnie, toujours prévenante, ayant le mot juste et la bonne attitude quelque soit les circonstances, grâce à son éducation soignée, ce qui fait l'émerveillement de son mari. On voit aussi très bien le feu qui l'anime sous l'apparence de velours. Leur couple atypique est bien étudié, notamment sur leur communication : Vimaire ayant toujours la tête ailleurs, il passe beaucoup de temps à acquiescer sans vraiment écouter les "fadaises de femme", mais il sait aussi faire attention à ne pas être démasquée, craignant sa vive colère.

 

Alors lorsqu'elle finit par lui dire quelque chose d'important :

Vimaire avait la tête pleine de loups-garous, et son circuit intégré de mari se déclencha automatiquement pour répondre un "oui, chérie" (...). Par bonheur, son cerveau jouissait de son propre instinct de conservation et, peu désireux de se trouver dans un crâne défoncé d'un coup de lampe de chevet , réécrivit  la phrase de Sybil en lettres de feu sur la face interne de son oeil avant d'aller se planquer.

 

Peu présent, Carotte se montre quand même bien lui même, à savoir le naïf charismatique à qui tout réussi, laissant les autres personnages faire des réflexions assez marrantes : du genre Carotte qui trouve que Gaspode est une 'brave bête', ce qui serait passé pour un mensonge dans la bouche de n'importe qui, sauf lui XD

 

Angua, j'ai eu un peu de mal, sa position n'est pas toujours très claire. A par eux, beaucoup donc de personnages secondaires, où j'ai pataugé. Et les Igor... Là, chouettes délires, tout les Igor rafistolés s'apellant Igor et se transmettant leurs organes de l'un à l'autre ! Chez eux les liens familliaux ne sont pas un vain mot ! Assez fun de voir Vimaire, débousolé au début à se demander de quel Igor ont parle, puis finissant par s'y habituer. SPOILER : Je me demande ce que va donner le nouvel Igor du guet !

 

Le guet justement, complètement déboussolé sans Vimaire et Carotte, est alors dirigé par fred Colon, imaginez l'horreur ! Je n'aime pas son rôle de lourdingue qui atteints ici des sommets (puisqu'il deviens parano, change le guet en dictature personnelle et vire tout le monde pour des motifs absurdes), ça m'a énervé plus qu'autre chose. Pour le coup ce n'est vraiment pas une partie du livre que j'ai aimé, je n'avais qu'une envie, celle de la zapper. C'était assez lamentable de parler ainsi de la hiérarchie et de la grève. Le seul intérêt c'est de voir que tout le monde n'est vraiment pas apte à diriger, et que Colon panique devant son nouveau rôle. 

 

Pour finir côté personnage, une apparition remarquée de la MORT, qui a découvert récemment les théories relativistes (le chat de Schrodinger dans "le dernier héros", passage culte) et tente de s'y adapter. Lui aussi se voit tâcher de se moderniser !

 

-Je vais mourir ?

-POSSIBLE

-Vous vous amenez quand il est possible qu'on meure ?

-OH OUI. C'EST UN NOUVEAU TRUC. A CAUSE DU PRINCIPE D'INCERTITUDE.

-C'est quoi ça ?

-JE N'EN SUIS PAS SUR.


 

Enfin, le décors de tout ce théâtre mi-burlesque mi-policier est servis sur un plateau d'argent par la plume parfaite de terry pour découvrir l'überwald. On se voit chevaucher dans la neige en compagnie des loups garou... et c'est beau.

 

Qu'en conclure ? 


Le fait d'avoir déjà lu beaucoup de livres du disque-monde, et que la saga ai déjà un long chemin de parcouru n'aide pas à la lecture. Mais autant dire qu'il y a toujours assez de bonnes choses pour que les Annales restent bien au dessus de la moyenne. Les thèmes principaux de ce livre étant les différences culturelles (le racisme, l'influence de nos origines sur notre vie etc) et la modernité (l'évolution des moeurs, la circulation des charriots en ville, la condition féminine, les moyens de communications etc).


Eh puis je peux chipoter autant que je veux, en deux nuits j'ai lu la moitié du livre, autant dire que ça se dévore ! Et à chaque fois que je ferme un livre du disque-monde je me dis "finalement, c'était pas mal" XD


Alors oui, ce n'est pas parfait, mais c'est à lire ! 4/5

 

ps :j'ai été déçue que le 5ème éléphant en question n'apparaît quasiment pas, ça fait bizarre. Je ne suis pas sûre d'avoir saisis toute la portée du 'mythe'.

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The Bursar 30/01/2011 22:27


Ce n'est pas non plus un de mes préférés mais c'est surtout parce que je ne suis pas fan de l'Uberwald et des loups-garous.
Par contre, j'aime beaucoup l'ampleur que prend le disque et la réapparition de personnages secondaires, mais j'en suis à ma troisième lecture des annales, donc à ce moment-là, on apprécie plus ce
genre de détails car c'est en général ceux qu'on ne remarque pas toujours au départ.

J'aime beaucoup la vérité et le dernier continent : j'adore l'ambiance d'Ankh-morpork etles mages. Par contre, pour ta remarque sur la grève, je ne me rappelle plus assez du livre pour savoir ce
qu'il y avait de gênant car ça ne m'avait pas perturbé, mais j'aime beaucoup Colôn et Chicard.


Lael 30/01/2011 23:14



c'est sur quand y'a beaucoup de perso, la première fois on rame mais les fois suivantes on apprécie (ça m'a fait ça avec la Horde du contrevent)


J'ai pas trouvé la vérité très convainquant, j'ai trouvé que Pratchett passait à côté du thème (d'ailleurs faudrais que je publie la critique tiens). Le dernier continent j'ai pas aimé, les
aventures de Rincevent c'est ce que j'aime le moins sur le disque. Pourtant j'aime bcp les autres mages, notamment Ridcule et Cogite, mais Rincevent... j'ai jamais sû m'y faire.


Mais j'aime bien l'ambiance d'ankh morpork aussi, ce qui fait que généralement j'aime beaucoup les aventures du Guet. Mais côlon et chique ben... je les trouve trop lourdaud généralement, et dans
ce livre c'était vraiment le sumum donc erf quoi. Dans le guet j'aime bcp Vimaire, Carotte et Detritus. D'ailleurs dans ce livre un passage qui m'a fait rire, c'est quand Detritus dit qu'il est
diplomate : il a poussé quelqu'un dans un mur, certes, mais un mur pas trop épai XD