[lectures SFFF] Space O.P.A de Greg Costikyan et La Patrouille du temps T2 de Poul Anderson

Publié le par Marguerite

Aujourd'hui une chronique deux en un : deux livres, un space opera financier et des voyages dans le temps !

 

Space O.P.A, Greg Costikyan

SF, 2003 chez L'Atalante (ressorti en 2018 dans la collection poche de L'Atalante).

[lectures SFFF] Space O.P.A de Greg Costikyan et La Patrouille du temps T2 de Poul Anderson

Résumé : Johnson Mukerjii est un riche PDG d'une entreprise de technologie de pointe. Seulement lorsque les aliens débarquent en nous vendant leurs miracles technologiques, son entreprise se retrouve has-been. Comment faire face à une telle concurrence ? Mukerjii va devoir se reconvertir, et vite, rêvant de pouvoir entrer sur le marché extraterrestre.

Mon avis : Nous voici face au grand rêve américain version SF, et c'est bien sympathique. J'ai aimé le ton sarcastique, le côté fable burlesque de cette histoire. Le sacro-saint Marché et le système économique de la planète est ici étudié à la loupe. J'ai aimé cette idée de voir la Terre réduite à un Tiers-Monde et ce que ça implique, c'est un angle d'approche original du Premier Contact. Mais si le style est fluide et agréable, je me suis quand même ennuyée par moment. Tout simplement car l'auteur a donné un ton quelque peu réaliste à sa farce, avec par moment l'utilisation du langage propre aux économistes, et ça m'est un peu passé au dessus. J'aurais aimé aussi que notre héros évolue en terme personnel, alors que finalement malgré ses soucis il reste toujours l'entrepreneur du début, adepte au luxe et ne voyant la vie qu'à travers l'argent.

Enfin petit bémol sur les deux dernières pages, avec un énième rebondissement qui offre une fin quasi ouverte au lieu de conclure ! J'ai pas saisi où l'auteur voulait aller avec ça.

Mon passage préféré : les hippies qu'il côtoie un moment, vieux soixantes-huitards à nouveau sur les routes comme dans leur jeunesse. Il y a sur ce passage là un vrai ode à la liberté (qu'ils ont perdus en travaillant et en rentrant dans le rang, dans leur recherche d'une vie friqué).

En conclusion, une bonne fable qui amuse à défaut de faire rire, une vision originale du Premier Contact. Reste que cette aventure peine à dépasser le stade du "sympa", avec des passages qui m'ont ennuyés ; l'ensemble sera vite oublié. 3/5

Autre critique chez le chien critique

Le patrouilleur du temps, la patrouille du temps T2, Poul Anderson

1983, 2007 pour l'édition française chez Le bélial' (poche)

[lectures SFFF] Space O.P.A de Greg Costikyan et La Patrouille du temps T2 de Poul Anderson

On suit des patrouilleurs du temps sur trois nouvelles.

Dans la première, intitulée D'ivoire, de singes et de paons, Manse voyage à Tyr, dans la cité-état phénicienne du Xème siècle. Il se retrouve à chasser un terroriste temporel, mais c'est lui qui risque bien de se faire piéger en premier.

Je n'ai pas aimé cette nouvelle. Certes, la balade à Tyr était sympa, même si à chaque fois dans la Patrouille je me retrouve à lire des articles wikipédia pour bien comprendre le contexte historique. Mais alors la vision masculine paternaliste puait à plein nez. Qu'un des éléments principaux de l'histoire c'est que Manse va voir les prostituées et tente d'en sortir une de sa situation m'a gonflé comme pas possible. Déjà c'est quoi cette habitude masculine de raconter ça comme un fantasme génial ? En quoi ça regarde le lecteur qu'il aille tirer son coup franchement ? Vous pouvez êtes sûre que si on décrivait une héroïne dans cette situation on la traiterait de débauchée et de salope. Même si on se contentait de parler de ses désirs sexuels. ça c'est mon coup de gueule envers ce genre de littérature (ce n'est malheureusement pas la première fois que je lis ça). Pour en revenir à ce texte, c'était d'autant plus illogique que les voyageurs temporels devraient avoir l'obligation de la garder dans le slip pour ne pas créer de paradoxe temporel. Bref, le paternalisme du personnage se retrouvait aussi vis à vis de Pummairan, le "gentil filou" qu'il faut absolument sortir de la misère. En prime, ce texte, comme souvent dans la Patrouille, manquait d'action. Autant dire que j'ai faillit abandonner pour de bon la saga.

Mais j'ai bien fait de me retenir, car j'ai ensuite dévoré la magnifique nouvelle Le chagrin d'Odin le Goth. Cette fois nous suivons un autre patrouilleur, Carl Farness, dans la brutalité des mondes Goth juste avant la chute de Rome.

Au début j'ai été très dérouté par le changement de narrateur, car c'est écrit à "je" et je n'ai pas assez fait attention. Mais ensuite ça a été que du bonheur. Un vrai coup de coeur, pour l'écriture savamment maitrisée. Pour l'histoire, mélancolique et poignante, qui nous ai raconté au coin du feu, avec ses airs de tragédie grecque. Pour les questionnement sous-jacent : peut-on rester simple observateur, détaché et clinique, face à l'Histoire, alors que nos sentiments nous lient à des gens qui vivent et qui meurent ? Comment sont nés les grandes mythologies, et comment ont-elles évolués ? Peut-on faire quelque chose quand le destin du temps nous entraîne dans son rouleau compresseur ? Je vais éviter de vous en dire plus car ce serait dommage de vous spoiler. Mais j'ai vraiment aimé ce rapport doux-amer entre un voyageur temporel et l'époque qu'il étudie à travers des dizaines d'années. Sans doute la meilleure nouvelle de la Patrouille jusqu'ici (et c'est d'ailleurs parce que le T1 n'avait pas de récit marquant que je ne vous en ai pas parlé.)

La mort et le chevalier conclut le recueil. Une nouvelle bien courte qui nous entraîne du côté des templiers alors qu'ils s'apprêtent à être exterminés par Philippe le Bel.

On a ici un mission d'infiltration de la part de Manse qui tente de sauver les fesses d'un autre voyageur. Cette nouvelle m'a laissée dubitative : elle se lit bien, y'a de l'action, mais les enjeux dramatiques manquent de corps. On aurait été bien plus émus en suivant l'histoire du point de vue du voyageur, notamment dans sa relation avec Foulques.

Conclusion : la nouvelle (presque une novella en fait) Le chagrin d'Odin le Goth sauve le recueil, surtout après sa première nouvelle catastrophique (qui fait la moitié du livre). Je ne sais pas si je vais continuer la saga. Il est dommage qu'Anderson n'ait pas développé un fil rouge, les nouvelles s'enchaînent en nous enmenant à chaque fois dans un décor différent un peu comme si on avait Indiana Jones - version intellectuel - qui parcoure le monde. Certes la saga est dépaysante, mais je trouve qu'il y a des schémas répétitifs, notamment sur traquer-le-chronocriminel, ou l'inévitable scène où les personnages s'asseyent dans des fauteuils pour discourir sur le contexte de l'époque. Le pire étant qu'Anderson arrive à la fois à être inutilement bavard sur l'époque (on sent bien sa passion), tout en étant pas assez clair sur le contexte géopolitique. J'étais assez embrouillée à chaque fois pour regarder les articles wikipédia correspondant, cela-dit j'aime me renseigner aussi. Bref des plus et des moins, je suis mitigé. Malgré tout la deuxième nouvelle était magnifique. 3/5

Autres critiques : sur babelio

Publié dans livres et films SFFF

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