[livres SFFF] Mes quelques lectures du confinement : pour finir un peu de prospective (partie 3 sur 3)

Publié le par Lael Marguerite

Après avoir parlé de L'apprentissage du guerrier, Pardon vous n'auriez pas vu ma planète ?  et de Lasser un privé sur le nil, on continue avec un mixe essai/roman nous faisant réfléchir sur un futur... qui a déjà eu lieu. Plongée dans la prospective des années 2005 vers 2010.

[livres SFFF] Mes quelques lectures du confinement : pour finir un peu de prospective (partie 3 sur 3)

2010 futur virtuel, de Malo Girod de l'Ain

2005 - essai de prospective et roman anticipation

La prospective se définit par "l'ensemble de recherches concernant l'évolution future des sociétés et permettant de dégager des éléments de prévision". Publié en 2005, ce livre tente d'imaginer 2010. C'est assez intéressant de lire ça maintenant, en 2020 : cela m'a donné l'impression de faire une sorte d'archéologie de la prospective. Il y a deux parties : la première est une analyse des évolutions de l'humanité en ce 21ème siècle avec une prospective sur l'avenir ; la deuxième partie consiste en une fiction sensé mettre en scène ces évolutions et nous faire voyager en 2010.

La partie analyse m'a amusé au début par le ton de l'auteur qui est très enthousiaste. Mais si son avis contient des pistes intéressantes, j'ai eu du mal avec ses affirmations parfois un peu bancales ou pas claires. Je passerais outre ses théories vite fumeuses. Quand il ne fait pas preuve d'une naïveté assez déconcertante, que l'on pourrait résumer à "l'évolution technologique s'accélère au point qu'il va bientôt devenir infini et c'est trop cool !". C'est présumer que la technologie ne fera pas face à des murs techniques, ce qui est pourtant le cas par exemple avec les puces électroniques (leur miniaturisation est de plus en plus difficile, et pour continuer à développer des nouvelles technologies à ce rythme effréné il va falloir trouver un autre matériaux que le silicium. D'où les recherches sur des innovations techniques tels les ordinateurs optiques et quantiques). Surtout, l'auteur évacue toute la question des murs dictés par l'environnement, à commencer par les crises dues au réchauffement climatique, et c'est tout bonnement criminel de faire ainsi l'impasse dessus. Il conclut d'ailleurs que cette évolution effrénée ne peut pas être arrêtée mais seulement pilotée, notamment par le biais de contrôles via un gouvernement mondial. Alors comment dire, oui mon gars, mais déjà tu aurais pu parler des conséquences négatives de cette accélération et pas seulement les bons côtés, et puis envisager de freiner pourquoi pas hein ? L'auteur est un peu trop optimiste en fait, pour lui la transparence financière a eut lieu dès 2010 - laissez moi rire jaune. (J'ai pas compris d'ailleurs ses intentions derrière ce chap 7).

Quand à la deuxième partie, le "roman"... Au secours. J'ai jamais vu un texte aussi mal écrit, et même la typographie c'est du n'importe quoi (par exemple les pensées sont mises comme des dialogues après tirets quadratins !). C'est plus qu'un texte amateur et mal écrit, c'est vraiment à la limite du lisible. Je me suis forcée à lire la première partie, qui nous présente une bande de hackers sans que nous soit expliqué leur but, et qui parlent... vous savez comme quand quelqu'un qui essaye de faire "djeuns" et se vautre lamentablement. Je me suis dis que c'était une nouvelle, et non c'est les mêmes personnages après ! Bref ce texte n'a aucune cohérence narrative et surtout aucun fil rouge ou but clair et précis. J'ai donc arrêté de lire pour ne pas m'infliger ce calvaire.

Bon et revenons à la prospective alors, ce 2010 présenté, crédible et validé par ces dernières années ? Pas du tout. L'auteur est parti dans un délire hyper technologique que nous n'avons pas connus, et qui ne sera même pas le cas avant de nombreuses années je pense. Dans son récit fictif cela va de la clé USB à 5 terra de données soit 5000go (la meilleure clé actuelle c'est 256go !) à une voiture dont les moteurs sont répartis dans les roues (??!), robot cuisinier pouvant tout préparer sans problème (couper, cuire...), ou une sorte de combinaison entière pour plonger en réalité virtuelle comme si on y était... Il a imaginé le tout pour 2010, et en 2020 on en est encore assez loin.

Le seul point où il a vu juste c'est l'importance des échanges, de "l'intelligence collective" (le boum des réseaux sociaux c'est ces 10 dernières années) (même si pour lui cela se passe surtout dans des univers 3D!). Ainsi que le fait que l'information n'est plus vraiment détenues par une élite qui informe mais par tous, brouillant la frontière entre informateur et informé. "nous sommes tous, collectivement, devenus un média" dit-il p 26. Enfin je dois lui reconnaître d'avoir anticipé le boum des services VOD (Netflix propose de la VOD depuis 2007) qu'il nomme "vidéos club planétaire", sauf qu'encore une fois il s'enthousiasme un peu trop et imagine une interactivité, à mi-chemin entre film et jeux, qui n'est pas encore une réalité (même s'il y a un début dans ce sens avec le film interactif Black mirror).

Bref en pleine crise du coronavirus qui a forcé l'humanité à se mettre en pause, c'est plutôt déroutant et énervant de lire un bouquin faisant l'apologie de cette hyper-accélération technologique, et ce sans que l'auteur ne fasse jamais preuve d'esprit critique vis-à-vis du phénomène... C'est donc àmha un livre à éviter, à moins d'être passionné de prospective, et encore. 1/5

 

Publié dans livres et films SFFF

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